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MENUMENU

Mai 1968 à Digne

Suite à la violente nuit d’émeute estudiantine du 10 mai au quartier Latin, les syndicats lancent un mot d’ordre de grève générale pour le 13 mai. Ce jour-là, de 200 000 à 1 million de personnes défilent à Paris et environ 1 million de personnes manifestent dans une trentaine de villes de province. C’est le cas à Digne, où après une réunion à la bourse du travail, rue du  Colonel Payan, les grévistes manifestent jusqu’à la Préfecture. Auguste Faudon (1912-1982), correspondant de presse de La Marseillaise, saisit ce moment avec quelques photographies conservées depuis 2000 aux Archives communales.

Le 13 mai marque donc le passage d’une crise étudiante débutée à Nanterre le 22 mars 1968 à une crise sociale.

Dans notre département, la grève s’amplifie à partir du 20 mai, par exemple au Lycée Gassendi où les professeurs refusent d’assurer les cours. Même chose au tout nouveau lycée Alexandra David-Néel selon le témoignage de Simone Matarasso (1930-2012), alors professeur d’Italien, qui se souvenait avec émotion en 2008 des débats quotidiens organisés par les syndicats à la bourse du travail. La mobilisation est forte chez EDF, les PTT, la SNCF, dans les organismes de Sécurité sociale et les banques, avec grève et occupation des locaux.

Le personnel communal est aussi en grève, mais sans occuper les locaux ; une assemblée générale tenue le 24 mai décide d’adresser au maire, Julien Romieu, une motion de revendications portant sur l’amélioration des salaires par l’attribution de primes, et la participation de délégués du personnel à la gestion des affaires les concernant : organisation des services, conditions de travail, action sociale.

Enfin, selon la presse, certaines administrations d’État fonctionnent normalement.

Toutefois, avec la grève des banques et le manque de carburant, la vie quotidienne devient difficile pour de nombreux Dignois. La municipalité décide donc de faire distribuer par le Bureau d’action sociale des secours aux grévistes et retraités « qui se trouveraient dans le besoin du fait des événements ».

Fin mai, la crise étudiante et sociale est devenue aussi politique. Le 1er juin, Digne connaît une importante manifestation à l’appel du Comité de défense de la République pour soutenir « les institutions républicaines et le général de Gaulle ».

Finalement, après les accords de Grenelle conclus à Paris le 27 mai, la reprise du travail s’effectue à partir de début juin. Dans notre département, les derniers sont les ouvriers de l’usine Péchiney de Saint-Auban le 10 juin.

Les Dignois se sont donc engagés dans le mouvement social dès le 13 mai, puis ont suivi l’évolution nationale.