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Digne juive au Moyen Âge

Le nom de « Juiverie », que l’on lit dans les archives de notre ville dès 1407 et que l’on retrouve aujourd’hui encore en centre ancien, est une des rares traces de l’existence d’une communauté juive dans la cité de Digne au Moyen-âge.

Au début du XIVe siècle, moyennant le paiement d’une redevance annuelle au comte de Provence Charles II, celui-ci avait accordé aux Juifs de Digne la dispense du paiement de divers impôts. Les Juifs avaient donc refusé de contribuer aux charges de la commune, comme les travaux de réparation du pont sur la Bléone, la construction de fontaines et de fortifications. Les Chrétiens n’appréciaient pas que les Juifs établissent des tables pour la vente de leur viande au milieu du marché, ou qu’ils aillent se baigner aux mêmes « bains des eaux minérales » qu’eux.

Devant ces tensions, un compromis a été négocié d’une part par les cominaux, chargés d’administrer la ville au nom de la communauté des Dignois, et d’autre part par des représentants de la communauté juive. La sentence arbitrale conclue le 11 mai 1312 offre aux Juifs habitant à Digne, en contrepartie de leur contribution aux diverses taxes, trois tables pour leur viande sur le marché et l’accès aux bains de la ville, entre autres. Ce texte légitime ainsi la présence des Juifs qui sont désormais membres de la communauté dignoise à part entière, payent les impôts communaux, et profitent ainsi de la politique de la cité. Il offre un aperçu des rapports entre les Dignois et les quelques Juifs présents dans la cité, parfois conflictuels comme le texte l’énonce, mais qui peuvent aussi déboucher sur un compromis à l’amiable. Ce document rare, écrit dans un rouleau de parchemin long de près de 3 mètres conservé aux Archives communales de la Mairie de Digne-les-Bains et restauré en 2012 (notre photo), ne peut être considéré comme représentatif des relations entre Juifs et Chrétiens. Mais il offre un aperçu ponctuel d’une réglementation commune de ces relations.

Cependant, au fil des années, les rapports entre les deux communautés se sont de nouveau dégradés. Le droit de posséder des tables sur le marché des Chrétiens a été remis en cause, et les Juifs ont dû avoir un marché séparé à partir de 1428. En 1468, ils ont été cantonnés dans deux rues qui leurs étaient réservées. Finalement, en 1475, les Juifs de Digne ont été expulsés de la cité et sont partis se réfugier dans les villes de Basse-Provence.

Aujourd’hui, le patrimoine écrit de notre ville et la rue Juiverie demeurent les témoignages de cette Digne juive du Moyen-âge…