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Épidémie, quand l'Histoire éclaire l'actualité

Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre. Dans ces temps d’épidémie il peut être utile de se remémorer des crises passées, comme la peste de Digne, et tirer quelque enseignement de ces expériences.

La ville de Digne a été touchée deux fois de suite par la peste à deux ans d’intervalle, en 1629 et 1631. Mais si la première crise a été très violente et mémorable, la seconde a été très faible. La première attaque entre juin et septembre 1629 a provoqué une mortalité effroyable : 2000 morts sur les 4000 habitants. Deux ans plus tard, lorsque la maladie a fait son retour, elle a fait moins de 100 morts. Comment expliquer une telle différence ?

Il ne s’agit pourtant pas de négligence de la part de l’administration lors de la première crise, le parlement de Provence et le consulat de Digne (le conseil municipal d'alors) qui ont agi énergiquement pour prévenir, puis gérer l’épidémie. Dès 1628, le parlement avait tenté de protéger la population en interdisant tout commerce avec les provinces voisines infestées par la peste. Ce dispositif fût efficace plusieurs mois jusqu’au passage de l’armée du Roi en mai 1629, qui, méprisant la maladie pour raison d’État, propagea l’épidémie dans le pays, particulièrement à Digne. Pour préserver les autres communautés provençales, le parlement imposa ensuite l’enfermement de la population dignoise dans la ville sous la garde de miliciens armés.
À l’intérieur des remparts de Digne, alors que le nombre de malades et de morts augmentait, la communauté s’est prise en main pour organiser la vie en pleine épidémie, emprunter de l’argent, isoler et soigner les malades, nourrir la population contrainte à l’oisiveté, faire enterrer les victimes. La multiplication des contacts, funeste erreur, dans une ville trop petite pour 4000 personnes, n’a pas permis aux habitants de se protéger efficacement, généralisant la maladie. Mi-juillet, les ravages sont tels qu’ils ont fait disparaître toute solidarité, toute organisation collective, laissant les individus livrés à eux-mêmes, les cadavres dans les rues, jusqu’à ce que la maladie régresse naturellement à partir de mi-août.
En 1631, lorsque l’épidémie revint, son ampleur a été très faible. David de Lautaret, médecin à Digne, dans le témoignage qu’il nous a laissé (manuscrit conservé aux Archives communales), attribue cette faible mortalité au fait que le monde était plus avisé et que les personnes atteintes la première fois ne le furent pas une seconde fois. À cette date, la population était probablement redevenue biologiquement vulnérable à la peste, une personne ayant survécu à cette maladie ne restant pas immunisée durablement. La meilleure hypothèse pour expliquer la faiblesse de cette seconde épidémie est que l’expérience acquise lors du terrible épisode de 1629 a permis aux habitants de se protéger individuellement de la contamination, alors que l’administration n’a pas cette eu fois à imposer la fermeture de la ville. Cette connaissance a peut-être été transmise.

Il semble que la ville de Digne n’ait plus été touchée par la peste dans les siècles suivants, en tout cas pas de manière importante. Elle a été notamment épargnée par la grande peste de Marseille en 1720-1722.

Nous avions un peu oublié que l’humanité a toujours été traversée par des épidémies qui l’ont décimé des dizaines de fois. Même la grippe "espagnole" était tout juste évoquée dans les enseignements d’histoire alors qu’elle avait fait, il y a un siècle à peine, entre 50 et 100 millions de morts, 5 à 10 fois plus de victimes que la Première Guerre mondiale.
Le Coronavirus qui contamine le monde à grande vitesse, nous rappelle notre vulnérabilité biologique et révèle la fragilité de notre société. Comme les Dignois après 1629, nous allons devoir en tirer les leçons pour nous prémunir d’autres crises qui ne manqueront pas de frapper de nouveau l’humanité, dans deux ans ou un siècle…
Espérant, dans ce moment difficile et alors que la ville est déjà touchée par l’épidémie, le meilleur pour les habitants de Digne, suivant la tradition romaine, je leur souhaite « portez-vous bien », sous la forme qu’aurait utilisée Gassendi : valete. "

 

Philippe Le Hors, historien, collaborateur au CEPAM-UMR 7264 (Université de Nice)

Publié le 3 avril 2020
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